ŒIL

DÉCOUVRIR

Un œil en plastique, bleu pâle, bordé de cils trop parfaits, sur une paupière mobile.

Fixe. Lisse. Silencieux.

Il regarde, sans qu’on sache comment.

Posé là.

Juste assez étrange pour déranger.

Œil
HISTOIRE D’ŒIL

Il est trop propre pour être vivant. Et trop vivant pour être mort. 

Il est là, posé, bleu, bordé de cils absurdes.

Je le regarde souvent. Pas par attachement. Par habitude, par tension, par réflexe.

Il ne me parle pas, mais il me fait penser. 

Pas à quelque chose de précis, juste à trop de choses à la fois.

Je ne sais pas ce qu’il voit. Et je ne sais pas ce qu’il refuse de voir. 

Mais j’aime cette incertitude. Cet objet qui échappe à l’usage, au sens, à la fonction.

Il n’a pas besoin d’être utile. 

Il suffit qu’il soit là. 

Qu’il regarde, qu’il dérange.

Il ouvre des questions que je ne maîtrise pas.

Il pousse à penser à l’invisible, au silence, à ce qui continue quand tout s’arrête.

À ce que je suis quand je ne fais plus rien.

À ce qu’il reste quand il ne reste rien.

Et je ne sais pas si c’est lui qui déclenche ça

si je projette sur lui tout ce que je ne comprends pas.

Parfois c’est apaisant.

Parfois, c’est vertigineux.

Il est petit, muet, inutile. Mais il m’ouvre.

Il ne sert à rien. Mais parfois, je crois qu’il me protège de quelque chose que je ne peux pas nommer.

Et je continue de le poser là. Comme si, un jour, il finirait par répondre.

SYMBOLIQUE

Ce n’est qu’un œil.

Et pourtant, il contient quelque chose que je n’arrive pas à nommer.

Il n’a pas de paupière.

Il ne regarde pas vraiment.

Mais il crée un espace. Un entre-deux.

Quelque chose entre le dehors et le dedans.

Dans l’œil, il y a la vue.

Mais il y a aussi l’attente.

Ce qu’on espère percevoir.

Ce qu’on redoute de découvrir.

Il ne me voit pas, je crois.

Mais il me force à penser à ce que je cache.

À ce que je crois regarder, et que je ne vois pas.

Il me renvoie à mes angles morts.

À cette partie de moi que je ne contrôle pas.

Celle qui imagine trop, ou pas assez.

Dans presque toutes les cultures, l’œil porte un pouvoir.

Il protège. Il surveille. Il dévoile.

Il est lumière et menace.

Il fascine, parce qu’il ouvre. Et qu’il ne se referme jamais tout à fait.

Il est fixe. Mais ce qu’il déclenche ne l’est jamais.

Il bouge sans bouger. Il ouvre sans parler. Il insiste sans violence.

Il est vide. Mais il me traverse.

conscience

L’œil ne parle pas, mais il déclenche. Il force à regarder là où l’on détourne les yeux. Il n’a pas d’émotion propre, mais il réveille toutes les miennes. Il invite à voir ce qui dérange, à penser ce qu’on évite. Il est le miroir sans réponse, le seuil de ce qu’on ne contrôle pas. Il incarne la conscience nue, lucide, parfois vertigineuse.